D-day

Comme je le disais précédemment, j’avais décidé d’accoucher en Angleterre. Je ne pouvais me résoudre à rentrer en France un mois avant le D-day et à rentrer à la maison 3 semaines après, le temps de faire faire le passeport de Petit Bout. Et puis tout simplement, avec Gros Bout, on avait envie de partager les premiers moments avec notre nouveau né rien que tous les deux. Tant et si bien que nous avions demandé à nos familles de ne pas venir la première semaine après la naissance (je crois qu’ils ont eu du mal à rester en place).

Bref, revenons-en à l’accouchement à Londres. Tout d’abord, fait assez rare, Petit Bout est né le jour où il était censé arriver…Nous pensions qu’il aurait une à deux semaines de retard (allons savoir pourquoi) mais pas du tout. Monsieur a été ponctuel (tout comme sa maman…).

Vers 10.00 le dimanche, j’ai commencé à avoir quelques douleurs dans le dos. Je ne me suis pas posé plus de questions que ça, je me suis dit que c’était certainement le poids du bébé qui commençait à traumatiser un peu mes reins.

Donc nous passons notre dimanche comme si de rien n’était. Nous allons faire un tour chez Homebase pour aller acheter un câble et un cadenas pour attacher le châssis de la poussette dans le hall de l’entrée. C’est là que j’ai compris que mes douleurs dans les reins devaient être des contractions. Elles étaient déjà assez fortes et je devais parfois m’agenouiller dans les allées du magasin…les gens me regardaient un peu de travers, même si je faisais tout pour laisser à penser que j’étais passionnée par les scies en bas du rayon.

Nous sommes rentrés à la maison vers 15.00, avec un bon MacDo à déguster devant la télé (on ne mange que très rarement Mac Do, mais j’avais une faim de loup et aucune envie / patience de faire la cuisine). Les contractions se faisaient de plus en plus fortes et de plus en plus rapprochées. Je n’ai donc regardé que d’un oeil le DVD que Gros Bout m’avait mis pour me changer les idées.

J’en ai également profité pour essayer une TENS machine que j’avais louée (sorte de sport elec qui délivre des décharges électriques dans le bas du dos pour vous soulager de la douleur des contractions). Beaucoup de gens m’en avaient dit du bien et j’avais donc tenté le coup. Bon, pour moi,ça n’a pas été utile du tout. Les petites décharges m’énervaient plutôt qu’autre chose et ne me soulageaient pas du tout. Mais apparemment, c’est parce que je ne l’ai pas utilisé assez tôt.

Comme je n’avais pas perdu les eaux, Gros Bout m’a fait couler un bain bien chaud et mis une bougie d’aromathérapie que nous avions achetée dans un spa. Pour le coup, ça m’a bien soulagé et nous a fait passer le temps plus vite.

Sortie de l’eau, Gros Bout appelle l’hôpital. Comme je n’ai pas perdu les eaux et que tout va bien apparemment, nous ne devons venir que quand j’aurai 3 contractions toutes les 10 minutes. Nous prenons donc notre mon mal en patience, Gros Bout équipé de son chronomètre. Evidemment, nos familles nous appellent, comme si elles avaient senti quelque chose…ou tout simplement parce qu’on est dimanche, et qu’en général, c’est le dimanche qu’on s’appelle. Nous mentons effrontément : « tout va bien », « rien de spécial », « on vous laisse parce qu’on doit partir, on a rendez-vous avec des amis »…

Il est aux environs de 19.30 quand nous nous décidons à partir. On rassemble valise (elle est prête depuis la veille, suite à la petite séance à l’hôpital du vendredi soir, qui nous  a fait réaliser que Petit Bout allait peut-être arriver à l’heure) et siège voiture.  Je m’enroule tant bien que mal dans mon manteau et mon écharpe; il fait un froid de gueux cet hiver et ce n’est pas le moment d’attraper froid.

Gros Bout trouve un Taxi en même pas 10 minutes (l’avantage à Londres, c’est qu’on trouve toujours des black cab rapidement). Je monte avant qu’ il ne remarque mon « état ». Autant vous dire qu’il n’avait plus vraiment envie de nous prendre une fois qu’il a réalisé. Peine perdue, nous sommes assis à l’intérieur et l’hôpital n’est qu’à 5-10 minutes de route. Je me comporte sereinement : pas de cris, pas un mot, malgré la douleur.

Arrivés à l’hôpital, nous avons le choix entre le Birth Center et le Labour Ward. Et oui, en Angleterre, ils ont une approche de l’accouchement un peu différente. Vous pouvez accoucher :

– chez vous avec une sage femme si votre grossesse le permet (chose que j’ai proscrite d’entrée de jeu)

– au Birth Center (en général, les chambres sont des pièces assez sympa, avec canapé, swiss ball, et pour certaines, piscine (pour avoir la possibilité d’accoucher dans l’eau bien sûr, pas pour faire des longueurs)). Là, vous avez droit à tous les anesthésiants sauf à la péridurale

– au Labour Ward (si vous voulez une péridurale). Les chambres sont beaucoup plus médicalisées et vous êtes reliées à un moniteur.

Je n’étais pas encore vraiment décidée entre le  center et le Labour Ward. L’option Birth Center me plaisait bien avec l’accouchement en piscine, mais j’avais peur de la douleur. La péridurale me tentait bien pour l’aspect sans douleur, mais j’avais une peur bleue de l’aiguille. Finalement, nous nous sommes dirigés vers le Birth Center. Au pire, on peut toujours changer d’avis et aller au Labour Ward si la douleur devient vraiment insupportable.

Notre sage femme nous emmène dans notre « chambre » entre deux contractions et m’ausculte (première auscultation depuis 9 mois tout de même). « Fantastic ! 9 cm! » Ah oui quand même…effectivement, la péridurale va être un peu superflue…Nous restons donc au Birth Center. La péridurale ne sera pas pour cette fois. Je suis contente, je me dis que c’est bientôt fini et que nous allons bientôt voir notre Petit Bout.

La sage femme fait couler l’eau et je me plonge dans le « bain » avec bonheur. Que c’est agréable de ne plus sentir le poids du bébé et de pouvoir bouger sans encombre. Vient le moment de pousser. Je ne sais  pourquoi, je travaille contre les contractions et ne pousse pas bien, voire je me retiens de pousser. En fait je pense que j’ai peur d’avoir mal, tout simplement. Au bout de quelques temps, la sage femme commence à trouver que tout ça est un peu long. Elle me fait donc sortir de la baignoire et me fait asseoir sur un tabouret. Gros Bout est derrière moi pour me tenir le dos. Moi qui ne voulait pas qu’il voie trop de chose, c’est raté.

En quelques minutes (je crois), le tour est joué. La sage femme me pose Petit Bout sur le ventre à 23h09. Que d’émotions! 52cm pour 2.9kg. La sage femme ausculte Petit Bout, tout va bien. Une fois propres, nous nous rendons tous les 3 dans la chambre pour passer notre première nuit. Petit Bout hurlera la majeure partie de la nuit, heureusement, Gros Bout le gardera bien au chaud, un doigt dans la bouche pour qu’il dorme un peu, et que je puisse reprendre des forces.

Après une ultime auscultation de Petit Bout, nous rentrons chez nous vers midi, tous les trois, pour la première fois. Fatigués, contents, et, il faut le dire, espérant que nous allons savoir nous occuper correctement de Petit Bout, qui n’a même pas encore un jour.

Photo : Newborn, By: Goldmund Lukic, Collection: Vetta

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6 Commentaires

  1. Tres beau recit… Mes deux enfants sont nes ici, ma fille il y a 5 ans, mon fils il y a 11 mois.
    L’experience change enormement d’un hopital a l’autre. Dans le notre, la birth room existe mais il faut la reclamer, elle n’est pas proposee d’office. De meme, on ne refuse pas la peridurale… mais on essaie d’en dissuader la patiente, voir on lui dit qu’au niveau de l’accouchement ou elle est, ce n’est plus possible alors que ce le serait en France.Autres lieux, autres methodes! Mais j’avoue avoit ete ravie de rentrer chez moi rapidement plutot que de passer 5 jours a l’hopital…

    Réponse
    • Oui, je crois que j’ai eu beaucoup de chance tout au long de ma grossesse et pendant l’accouchement. Et je suis contente d’avoir choise UCLH pour le suivi et le D-Day. Et même si je trouve que de rentrer chez soi au bout de douze heure est un peu dur physiquement (et moralement), j’étais ravie de passer le pas de ma porte si vite, de boire enfin un café sans lait et de commencer la vie à trois!

      Réponse
  2. Très belle et émouvante petite histoire…

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  3. C’est un très beau récit!
    Je suis impressionnée par ta manière de gérer la douleur, sans péridurale et directement à 9cm, c’est super fort!
    Le principe d’avoir à choisir, je trouve ça un peu rude, parce que tu peux être convaincue de ne pas vouloir de péridurale, et craquer, finalement. Et comment ça se passe si le travail dure, dure, dure, ou si le bébé n’a pas la bonne position?
    Mais tu as fait le bon choix, apparemment, et ça avait l’air super! Et gros bout n’a pas du voir grand-chose, dans ton dos! Il a juste eu le meilleur, je pense.
    Enfin, c’est ultra rude de rentrer dès le lendemain, moi, je n’étais carrément pas prête à rentrer chez moi le lendemain de mon accouchement!
    Ah, oui, et je voulais dire aussi (bavarde, moi?) que je trouve que c’est une très bonne idée de ne pas permettre à la famille de venir la première semaine. Ma famille aurait eu grave les boules, mais j’avoue qu’au début, j’avais juste envie de me retrouver à trois, avec mon amoureux et notre fille…

    Réponse
    • Je crois qu’en fait, je me suis dit que ce serait juste un « mauvais » moment à passer. Et un peu bêtement je dois dire, j’ai toujours pensé que comme ça s’était passé hyper bien pour ma mère et ma grand-mère, ce serait pareil pour moi 🙂
      Mais bon, l’avantage c’est qu’apparemment, tu peux quand même passer du Birth Center au labour ward si tu ne supportes vraiment pas la douleur, et te faire poser une péridurale (ça après, apparemment, c’est la théorie, j’ai quand même eu quelques récits de copines à qui on a dit qu’il était trop tard pour poser la péridurale…quand en plus on sait qu’on la veut dès le départ, ça doit être vraiment dur).

      Et pour le fait que la famille ne vienne que qu’une semaine plus tard, je ne regrette pas une seconde. C’était vraiment magique de partager ça à deux! Mais c’est l’avantage d’habiter à l’étranger : pour avoir des billets à un prix raisonnable, faut pas être trop pressé de partir 🙂

      Réponse

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